Prix du Public pour EauNergie

Mehdi Hadj-Abed a remporté en 2014 le Prix du Public pour la solution EaumOb lors du Social Innovation & Global Ethic Forum (SIGEF) (https://www.sigef2014.com/) organisé par Horyou (https://www.horyou.com/) à Genève. De par sa conception, l’EaumOb, peut être assemblée sur des territoires en développement. En plus d’apporter une solution efficace pour de l’eau pérenne, cette machine permet aussi la création d’emplois et le développement d’une économie locale. (Approvisionnement en matériel, assemblage, distribution, installation, entretien, maintenance, etc..).

2014_10_24 - SIGEF - Horyou - EauNergie - Mehdi Hadj-Abed

Interview de Mehdi Hadj-Abed par Sarah – Horyou
Août 2014

Sarah : Bonjour Mehdi…Quelques mots pour te présenter ? Que souhaites-tu nous dire de toi ?

Mehdi : Bonjour, je m’appelle Mehdi Hadj-Abed. Je suis le gérant fondateur de la société EauNergie. Ma volonté c’est de soulager les populations qui ont des problèmes avec l’accès à l’eau. Et pour ce faire, j’essaie de développer des solutions innovantes qui permettent de donner de l’eau sans polluer, en utilisant le plus possible les énergies vertes et des équipements qu’on peut appliquer de façon généralisée.

Sarah : Quelles solutions innovantes as-tu déjà créées ?

Mehdi : Je travaille beaucoup sur le dessalement d’eau de mer fonctionnant avec de l’énergie solaire, ça le rend plus Je développe également des solutions pour apporter du dessalement à des sites isolés ou à des potentiels de développement en écotourisme le long des côtes. Comme il existe différents types d’eau, y aura différents types de solutions. Je peux traiter l’eau de mer, les eaux de rivière polluées et je peux aussi apporter une solution sur les eaux de rejets. C’est-à-dire qu’une fois qu’on a eu accès à cette eau et qu’on l’a polluée, on peut aussi la retraiter pour pouvoir apporter une nouvelle vie à cette eau-là qui servirait par exemple à de l’irrigation ou pour faire de l’élevage, etc. En innovation pure, c’est la SeamOb pour le dessalement d’eau, nomade, par énergie renouvelable et l’EaumOb pour le traitement des eaux de rivières dont je suis fier.

Sarah : Et pour ceux qui n’y connaissent rien, en quoi c’est innovant ? Ces solutions n’existaient-elles pas ?

Mehdi : Alors ça existe mais c’est séparé. C’est tout éclaté. Aujourd’hui, ce qui est innovant et ce qu’on apporte nous comme solution c’est qu’on réunit et qu’on réassemble toutes ces technologies, on les inclut dans une seule solution et cette solution apporte une réponse globale. C’est-à-dire qu’elle va elle-même récupérer l’eau sale, elle va elle-même traiter, et elle va elle-même la distribuer, sans demander de l’énergie puisqu’elle fonctionne avec de l’énergie renouvelable ce qui fait qu’elle est entièrement automatisée. Et on s’approche un petit peu de ce que je souhaite être : créateur de sources d’eau. On inclut tout ce qui peut exister technologiquement pour pouvoir soulager ces populations mais on le fait de façon éthique et surtout écologique. Comme si on créait une nouvelle source d’eau. En ce qui concerne l’EaumOb, c’est qu’on peut la construire n’importe où sur la planète..

Sarah : Quels sont les projets dont tu souhaiterais nous parler ?

Mehdi : J’ai travaillé par exemple sur un dispensaire en Mauritanie qu’on a complètement équipé. Situé dans un petit village de pêcheurs sur le banc d’Arguin, où ils n’ont accès qu’à de l’eau salée. On a installé une unité de dessalement qui fonctionne avec des panneaux solaires photovoltaïques. Ceux-ci apportant de l’énergie, on a offert aux populations un réfrigérateur pour y mettre les vaccins, et de l’éclairage pour que ça puisse être aussi quelque chose d’assez cosy pour eux. Parce que faire des accouchements à la bougie, comme ils le faisaient avant, ou devoir attendre que le commissariat général puisse ouvrir pour pouvoir donner accès aux vaccins parce qu’il avait le seul réfrigérateur du village…Donc ça simplifie la vie des populations. On recycle les eaux dans les latrines aussi. Les latrines du dispensaire étant situées juste à côté de l’école, il y a toute une démarche qui a été mise en place pour sensibiliser les populations jeunes de ce village à travers l’écologie et le recyclage de l’eau.

Autre exemple, sur le Maroc, on a installé une solution de pompage solaire. On fournit 25 m3 d’eau par heure, soit 25000 litres, et la pompe les fournit aussitôt que le soleil éclaire la station. Il s’agit d’une association dans l’humanitaire qui a fourni notre solution financée par la Coopération Internationale à une toute petite association qui elle cultive des palmiers dattiers et qui est située dans le grand sur Marocain vers Tata. Pour la petite histoire, ils faisaient tourner un moteur de voiture, Renault 21, au gaz et ça leur coûtait 12000 par an pour l’entretien et l’achat du gaz pour faire tourner ce moteur qui date des années 80. Nous, pour l’installation complète on était dans les 40000 euros, ce qui fait qu’en quatre années de production d’eau  ils pouvaient récupérer tout ce qu’ils avaient dépensé dans le moteur à gaz. Sachant que derrière, on ne pollue pas et que ça fonctionne, j’espère ad vitam æternam, en tous cas pendant les 20 prochaines années ils n’ont pas d’énergie à acheter pour pouvoir faire fonctionner leur pompe. On leur a fait une belle installation qui leur permet de temps en temps de sortir la pompe, de l’entretenir, la remettre dans l’eau, comme ça c’est pérenne.

Sarah : Mehdi, sur ton profil Horyou tu as parlé d’un article de presse au sujet de la situation d’un village en Afrique du Sud…Qu’as-tu ressenti à la lecture de cet article ? Qu’as-tu décidé d’entreprendre ? Pourquoi ?

Mehdi : J’ai ressenti beaucoup de colère et de frustration. Parce que j’ai une EaumOb à l’atelier et elle a été conçue pour que ces drames n’arrivent pas.
Je décide de tout faire pour en envoyer une là-bas.

Sarah : Si on le souhaite, comment peut-on t’aider à réaliser ce projet en particulier ?

Mehdi : Pour m’aider, je demande du soutien financier et logistique pour rendre concret l’envoie d’une machine. Cout estimé 10 000 Euros. A terme, je souhaite la création d’un atelier d’assemblage local.

Sarah : Tu sembles avoir un rapport spécial avec l’eau…Que représente l’eau pour toi? Comment expliques-tu que tu te sois spécialisé sur cette thématique ?

Mehdi : Petit, j’ai grandi dans un village de pécheur. La Maison est située entre les vergers et la mer, nous avons plein de sources d’eau potable.. Malgré cela, il y avait l’eau à boire et l’eau pour se laver, irriguer, nettoyer, etc.. Je sais depuis tout petit que l’eau à boire et bien plus précieuse que l’eau pour la vie de tous les jours.. L’eau pour moi, c’est la vie.

Tu remarqueras que même lorsqu’on envoie une sonde dans l’espace, la première choses qu’on cherche c’est l’eau.. Sans l’eau, pas de vie..

Très tôt, j’ai réalisé que nos modes de vie nous éloignent de la valeur de l’eau.

Sarah : – Par ton engagement déjà, tu donnes beaucoup. Qu’est-ce que tu reçois ? As-tu des anecdotes à partager avec nous ?

Mehdi : Lorsque tu finis ton projet et que tu vois les personnes avoir de l’eau, tu ressens un grand bien être.. Ce qui me fait avancer, c’est par exemple des parents d’élève de l’École de voile à Monaco, où nous louions une machine, qui m’informaient que leurs enfants faisaient la guerre au gaspillage de l’eau à la maison, finis les bains ou de jouer avec le robinet.. !!! (je me souviens de l’anecdote avec l’École de voile Monaco -> les enfants qui ensuite font la leçon aux parents sur les bains…Et l’anecdote dispensaire Mauritanie, j’avais noté tes paroles sur mon carnet : « Et ce dont, je suis le plus fier, c’est quelques mois après notre installation au dispensaire en Mauritanie, j’ai appris qu’il y a des nouveaux- nés qui portaient mon prénom, Mehdi !!! Bon ben là t’es super fier, super content. Même si dans le pire des cas ta boite s’arrête maintenant, et ben t’as fait ton taf. !!. Tu sais que ces femmes vont faire leur accouchement à la cool…Quand j’y retournerai, je rencontrerai peut-être ces enfants… »)

Sarah : – Pour le mot de la fin, quel message souhaiterais-tu adresser à nos lecteurs ?

Mehdi : – L’eau est vitale comme l’air, ce n’est pas une denrée alimentaire, c’est plus que ça !! Elle n’a ni augmenté ni diminué depuis la création de la Terre.
Par contre nous, oui.. Il y a des gens qui meurent de soif quand nous nettoyons les rues avec de l’eau potable… Que fait-on pour que ça change ??